Le Maroc par les pistes : De Zagora à Tanger (Deuxième partie)

Ce matin, nous quittons Zagora et son agréable palmeraie pour M’Hamid, où nous prendrons la piste direction Foum Zguid. Mais avant toute chose, un petit check mécanique au garage Iriki s’impose . Ce garage tenu par Aziz et ses fils est réputé dans tout le Maroc et assiste de nombreux rallyes-raids auto et moto. Encore une fois, nous avons droit à un accueil plus que chaleureux et à quelques litres de thé (la base!).

Leur professionnalisme et leur sympathie nous met tout de suite en confiance, et après une bonne heure passée à tout dépoussiérer, nettoyer, vérifier, graisser et boire du thé, nous sommes sûrs de la bonne santé de notre « fidèle dromadaire » et pouvons repartir sereinement (moteur en parfait état, pas de jeu dans les roulements, pas la moindre fuite,…). Si jamais vous voulez faire un tour sur leur Facebook: Garage Iriki

Les portes du Sahara!

Quelques kilomètres après M’Hamid, les dunes de Chiggaga sont en vue. Le road book nous indique de suivre une trace au milieu des dunes, mais nous sommes seuls et n’avons pas croisé âme qui vive depuis des heures.

Notre rencontre avec ce dromadaire séché nous incite à jouer la prudence.  A contrecœur, nous décidons d’être raisonnables : un tankage dans ces immenses dunes pourrait nous faire perdre de précieuses heures, voire des jours entiers, mais notre timing est serré. C’est donc parti pour contourner les dunes par le reg et l’oasis sacrée.

Nous évoluons durant plusieurs heures à 15 km/h sur une piste très cassante et sommes désormais heureux lorsque nous nous retrouvons dans des zones de fech-fech ! Qui l’eut cru !

Un bout de piste dans le désert noir

Les dunes de Chiggaga

Le dernier poste de contrôle militaire de notre voyage

Ce soir, le bivouac se fera dans les dunes que nous avons longé lors de notre jardinage dans le reg (la « piste de contournement » n’était vraiment pas facile à repérer, nous avons donc perdu pas mal de temps). Quelques minutes après notre arrivée, et alors que nous préparons le feu, nous entendons un bruit de mobylette. Le garde-chasse du coin nous avait repéré aux jumelles il y a plus d’une heure ! Et dire que nous nous pensions seuls au milieu du désert ! Grossière erreur ! Nous discutons avec lui une demi-heure puis le laissons repartir à sa tente, à 11 km de là. C’est l’heure du barbecue : steak de bœuf et petits légumes grillés (le tout bien croquant puisque le vent s’est invité et ramène du sable dans nos assiettes!).

Quelques photos de notre plus beau bivouac

Toute la soirée, nous profitons du silence et de la magnifique nuit étoilée. Nous avons pourtant de belles nuits dans les Alpes, mais rien de comparable avec le spectacle qu’offre le désert.

Soirée au coin du feu

Après un doux réveil avec le braiement des ânes (une fois de plus !), nous partons en direction du lac Iriki, une vaste étendue asséchée de 50 km de long où nous en profitons pour avancer un peu. Cela fait deux jours que nous n’avons pas roulé à plus de 30 km/h, c’est donc un vrai plaisir de pouvoir passer la 5e.

Sur la piste pour Foum Zguid

De retour sur le bitume quelques kilomètres avant Foum Zguid

Nous arrivons à Foum Zguid pour l’heure du déjeuner, et dégustons des brochettes de poulet au son de la prière, la mosquée étant juste de l’autre côté de la rue.

Restaurant Chiggaga

Après quelques courses en prévision du prochain bivouac (seulement 20 Dirahms pour un demi poulet et un sac entier de fruits et légumes, et non il n’y a pas d’erreur sur le prix!), nous repartons. En voulant prendre une piste qui semblait être un raccourci, nous perdrons finalement une heure et demie et ferons demi-tour au milieu d’un oued rempli d’énormes pierres avant de revenir sur la route, puis sur la trace du road book. Tant pis, on aura essayé ! De retour sur la piste, la bonne cette fois, nous roulons jusqu’à l’heure du bivouac sur une piste très peu fréquentée et vraiment pas entretenue. D’ailleurs la navigation se fait difficile et c’est au cap que nous devons nous diriger.

Préparation des prochaines étapes : Carte IGN, Road books et OziExplorer sont devenus nos meilleurs alliés!

En deux semaines, nous n’avons malheureusement pas le temps de suivre l’intégralité des trois road books, et décidons de raccourcir notre road-trip en rejoignant Tan-Tan (sur la côte Atlantique) par le goudron.

Priorité à droite!

Sur la route nous sentons que nous nous rapprochons du Sarah Occidental et de sa frontière controversée car les contrôles de police et de l’armée se renforcent. A chaque entrée et sortie de ville, la police est là avec ses herses prêtes à être tirées au milieu de la route, et même s’ils restent très souriants et sympathiques avec les touristes, on sent qu’il ne sont pas là pour plaisanter.

C’est donc forcément ici que Fab’ choisira de rouler trop vite, et de se faire flasher! Résultat des courses: 150 Dirhams d’amende pour 12 km/h de trop.

Nous arrivons à El Ouatia dans l’après-midi. C’est agréable de se retrouver face à l’océan après tous ces jours dans le désert mais l’eau est beaucoup trop froide pour se baigner et cette ancienne station balnéaire à l’abandon ne nous laisse pas une impression transcendante. Nous remontons donc sur Tan-Tan, où nous dînerons avant de poser le bivouac en dehors de la ville. Nous avons parfaitement choisi l’endroit : à peine avons nous ouvert la portière que nous nous retrouvons au beau milieu d’une nuée de moustiques! Le temps de sortir l’anti-moustique, c’est déjà trop tard, nous sentons leurs piqûres à travers nos vêtements. Ce soir, on ne restera pas deux heures à regarder les étoiles, nous nous enfermons vite dans la tente!

La journée suivante s’avère bien plus intéressante puisque nous jouons dans le fech-fech et croisons quelques troupeaux de dromadaires avant de monter sur la falaise pour la longer en traversant de nombreux campements de pêcheurs.

Seuls au monde!

La « piste » qui nous mène en haut de la falaise… Sensations garanties!

Un campement de pêcheurs

En s’arrêtant demander les horaires des marées à de jeunes pêcheurs, ces derniers nous proposent de rester déguster les poissons pêchés le matin même. Nous nous laissons vite tenter et attendons qu’ils les préparent. Leur chat, lui, attendait impatiemment que les poissons soient vidés pour se faire un festin! Quelques minutes plus tard, un bar, une sole et une dorade grillés nous attendent. Rien de mieux que du poisson fraîchement pêché et parfaitement cuit pour reprendre des forces avant de descendre dans l’oued qui mène à la plage blanche.

L’oued vu de la falaise

Miam Miam Miam !

Dommage, le soleil n’est pas avec nous aujourd’hui, et même si nous roulons à 20 m de l’océan, nous ne le voyons que lorsque l’épais brouillard veut bien nous laisser quelques secondes de répit.

Nous pouvons rouler environ 30 kilomètres sur cette plage avant de remonter sur la falaise. La prochaine partie du road book se situe en bord de mer, mais le mois de mars n’est visiblement pas la période idéale puisque même les locaux nous disent de faire demi-tour. Apparemment c’est impraticable et dangereux… La piste serpente dans l’oued en bord de mer et est complètement inondée, nous décidons donc de rebrousser chemin. Il faudra revenir en été!

Nous reprenons donc la route de Sidi Ifni en fin d’après-midi, le timing est parfait, nous y arriverons pile pour le dîner. Le délicieux repas du soir nous permettra d’oublier quelques instants que nous avons fait nos derniers kilomètres sur piste aujourd’hui et qu’il va falloir commencer à remonter le long de la côte. Cela sent déjà la fin des vacances alors qu’il nous reste encore 3 jours devant nous! Mais il faut voir le côté positif, nous nous en sommes sortis sans le moindre problème et avons énormément appris, nous avons donc réussi le petit challenge que nous nous étions fixé.

Après un bivouac dans les hauteurs de Sidi Ifni, nous prenons la route de la côte. Nous passons par Agadir, mais il y a trop de monde et de parasols sur les plages à notre goût, nous continuons donc notre route directement jusqu’à Essaouira, où nous nous arrêtons pour déjeuner. Ici nous pouvons choisir directement sur l’étal ce que nous souhaitons manger! Les crevettes et cigales de mer sont excellentes mais le poisson n’est pas aussi bien préparé que chez les pêcheurs…

Un peu déçus par notre déjeuner, nous repartons en direction de Casablanca, où ma cousine et son mari nous attendent pour dîner. Après quelques ti punch et un bon repas, nous partons à la recherche d’un lieu de bivouac. Casa étant une immense ville (bien plus grande que nous ne l’imaginions), il nous faudra rouler plusieurs heures avant de trouver un endroit calme et arboré où dormir. C’est donc après une courte nuit que nous repartons.

Plus nous allons vers le Nordplus les paysages se font verdoyants. Nous avions presque oublié l’existence de cette couleur!

Il ne nous reste maintenant que quelques heures de route pour atteindre la dernière ville de notre périple: Tanger, où nous embarquerons pour Tarifa, en Espagne.

Mais d’ici là, nous profitons de notre journée et nous arrêtons quelques heures à Assilah, une petite ville qui possède une très agréable médina en bord de mer. Les murs blancs et bleus confèrent un charme tout particulier à cette ville très calme.

Après avoir parcouru les petites rues d’Assilah de long en large, nous roulons une petite heure pour rejoindre Tanger, et surtout mon cousin et sa famille qui nous attendent de pied ferme!

Soirée détente en famille autour d’un bon apéro, ça fait quand même du bien de retrouver un peu de confort, une vraie salle de bain et un bon lit!

Nous gardons notre dernière journée pour nous reposer, ne pas conduire, et profiter des cousins.

Mais il faut quand même découvrir Tanger, nous irons visiter la grotte d’Hercule, à quelques kilomètres de la ville. Ces cavernes servaient à extraire du granit pour tailler des meules. Le spectacle des vagues qui rentrent dans la grotte est assez spectaculaire.

L’Afrique à l’envers?

L’après-midi sera assez tranquille puisque nous passons plusieurs heures à nous balader dans la médina de Tanger et profitons de la douceur de vivre de la ville lorsqu’elle n’est pas assaillie par les touristes.

Une dernière soirée en famille, une bonne (mais courte) nuit de sommeil et nous devons déjà prendre le bateau pour Tarifa. Le réveil à 6h est difficile, nous manquons clairement de motivation pour nous lever et nous préparer à rentrer, mais surtout pour conduire les 1.900 km d’autoroute qui nous séparent de chez nous.

Nous traversons l’Espagne d’une traite et nous arrêtons pour dîner à Tarragone. Nous avons parcouru 1.200 km dans la journée, ça suffit pour aujourd’hui! Ce soir nous dormirons dans un parc naturel au Nord de Barcelone et partirons tôt demain matin. Les kilomètres défilent, nous avons maintenant hâte d’arriver, même si nous n’avons aucune envie de rentrer. Seule consolation, nous allons retrouver Flash, qui nous attend sagement à la maison. Son titrage anti-rabique n’ayant pas été validé à temps, il n’a pas pu nous accompagner.

8h de route plus tard nous sommes à la maison, les vacances sont bel et bien terminées… Demain il faudra déjà retourner au bureau… Nous pensons déjà au prochain départ.

Si nous pouvions résumer ce voyage en quelques mots : 7.500 km, environ 1.200L de gasoil, du sable, beaucoup de sable, des cailloux et de la tôle ondulée, des étoiles à n’en plus finir, des centaines de paysages, tous à couper le souffle, des litres et des litres de thé à la menthe, des sourires et un accueil chaleureux à chaque endroit où nous nous sommes arrêtés. Nous nous attendions à un beau voyage, et le Maroc n’a cessé de nous surprendre et de nous émerveiller. Il nous reste beaucoup de choses à découvrir dans ce beau pays, il faudra donc y revenir!

_Laure

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