Silk road EP11 – L’Ouzbékistan et la route pour la Géorgie

De retour à Osh, une fois de plus, nous nous laissons vivre. Shashliks, restaurant chinois, aller-retours au car bazar, réparation et entretien de la voiture : des journées bien remplies mais pas trop non plus.

Notre ami Wolfram, avec qui nous étions au lac Baïkal, est arrivé au Kirghizistan. Nous organisons donc une rencontre au lac Toktogul afin de se raconter nos aventures de ces derniers mois. Nous nous réjouissions de ces retrouvailles, malheureusement, le jour venu et alors que nous sommes sur la route, un coup de fil de Wolfram nous stoppe net. L’alternateur de sa moto est HS, il n’a donc plus de batterie et ne pourra pas se rendre au lac puisqu’il doit remonter à Bishkek pour tenter de réparer (une fois de plus !) sa moto. Extrêmement déçus, nous faisons demi-tour et retournons à Osh, où nous retrouvons Janusz et Ursel, qui semblent eux aussi s’être fait prendre au piège de cette ville. Ici, on sait quand on arrive mais jamais quand on repart ! Et il nous faudra la plus grande des déterminations le lendemain matin pour quitter Osh, et le Kirghizistan.

En effet, il est temps de rallier l’Ouzbékistan et nous avons hâte de découvrir les villes emblématiques de la Route de la Soie : Samarcande, Bukhara, et Khiva. Mais avant de flâner dans ces villes mythiques, il nous faut rouler, et surtout passer l’une des frontières que nous appréhendons le plus.

Aucune raison valable à cette appréhension, car comme à toutes les autres douanes (mise à part celle du Tadjikistan), les douaniers sont très aimables et préfèrent jouer avec Flash plutôt que de fouiller la voiture de fond en comble. C’est maintenant une habitude pour nous, et même pour Flash qui ne leur aboie même plus dessus !

En moins d’une heure, nous avons donc quitté la Kirghizie et sommes sur la route de Tashkent. Dans cette région de l’Ouzbékistan, les touristes en voiture ne doivent pas courir les rues car toutes les cinq minutes, nous avons droit à des coups de klaxon et des grands signes pour nous saluer, le tout ponctué de quelques « Vive la France » et autres gentilles exclamations.

Notre route se poursuit joyeusement jusqu’à Tashkent, où nous arrivons en tout début de soirée. Nous avons choisi d’aller à la Sunrise guesthouse. Le cadre est très agréable mais il n’y a pas la possibilité de garer la voiture dans la cour, et Flash n’est pas autorisé à rentrer. Un peu déçus, nous dormons donc sur leur parking, mais les 10$ demandés nous semblent un peu chers pour dormir dans la rue ! Nous chercherons donc une nouvelle guesthouse pour demain soir.

Il n’y a pas grand chose à visiter à Tashkent, mais ce n’est pas grave car nos préoccupations sont plus d’ordre pratique que touristique. En effet, il nous faut trouver à manger pour Flash, de l’huile moteur et du liquide de refroidissement. Nous avions déjà purgé le circuit de refroidissement de la voiture à Osh il y a quelques semaines, mais le liquide semble de très mauvaise qualité… Il faut donc recommencer tout le processus.

Après une nuit à la « Trip.Le guesthouse », où nous dormons cette fois dans un dortoir et non dans la rue, nous prenons la route pour Samarcande, où nous trouvons un hôtel très sympathique dans la vieille ville, à quelques centaines de mètres du Registan.

C’est fou de se retrouver ici, nous sommes désormais en plein cœur de la Route de la Soie et il est difficile de s’imaginer les caravanes de nomades dans cette ville assez moderne, bien que les Ouzbeks aient su conserver et rénover les monuments emblématiques de la ville.

Le soir venu, nous visitons le Registan, et dans l’une des trois medersas, nous tombons sur un homme qui parle Français. Il doit s’entraîner pour devenir guide touristique et nous demande d’être ses cobayes, ce que nous acceptons avec plaisir. Il nous explique l’histoire des plus anciens bâtiments de la villes, et plus particulièrement de ces médersas, qui étaient à l’époque de Tamerlan des écoles coraniques. La grand place, elle, servait de marché lorsque les caravanes venues d’Asie rencontraient les marchands d’Occident.

A 5h30 le lendemain matin, Fab’ y retourne pour prendre quelques photos au soleil levant. Un petit billet dans la poche des gardes, et le voilà autorisé à pénétrer dans des lieux habituellement interdits aux touristes. Quelle bêtise j’ai faite en restant à l’hôtel !

Le reste de la matinée sera consacré à la visite du bazar Siob, marché aux mille épices, fruits secs et tissus en tout genre.

Nous entrons ensuite dans l’enceinte de la mosquée Bibi-Khanym, construite à la demande de la femme de Tamerlan pour lui faire une surprise au retour de l’une de ses multiples expéditions guerrières. Ici, nous sommes quelque peu déçus car le site est en rénovation et il n’y a pas grand chose à visiter à part la cour intérieure.

En fin d’après-midi, quelques litres de thé et un peu de repos dans la cour ombragée de l’hôtel avant d’aller manger un énième plov en ville. Le lendemain, nous partons à la recherche de diesel… autant chercher une aiguille dans une botte de foin ! Ici, la plupart des voitures roulent au gaz, et il est très difficile de s’approvisionner en diesel, qui est théoriquement réservé aux camions et aux tracteurs. Après avoir vainement fait le tour de la ville et de ses stations-service, nous nous résignons. Peut-être aurons nous plus de chance à Bukhara.

Nous bivouaquons dans le désert et une maison non loin de là nous fait profiter de la musique locale pendant que nous faisons la vidange d’huile moteur. Nous avons eu la chance de trouver du liquide de refroidissement G12+ de très bonne qualité. Au matin, nous vidangeons donc aussi le circuit de refroidissement, ce qui nous prend un certain temps mais est indispensable.

Cela fait, nous pouvons partir pour Bukhara, à quelques dizaines de kilomètres de là, où nous passons le reste de la journée à flâner dans la vieille ville et ses multiples bazars, tous situés dans d’anciennes médersas. Et ici, nous trouvons enfin une station qui a du diesel et qui accepte de nous servir ! Nous remplissons les deux réservoirs pour être sûrs d’avoir assez d’essence pour sortir du pays.

N’ayant pas trouvé de guesthouse accessible en voiture et avec le chien (et oui, en ville, nous cumulons les handicaps !), nous nous éloignons de la ville pour la nuit. Ici, il n’est pas difficile de trouver des endroits où poser le bivouac puisque tout est plat à perte de vue !

Une petite journée de route et nous sommes en approche de Khiva, la dernière ville que nous avons prévu du visiter en Ouzbékistan. La fin d’après-midi sera calme, à l’ombre au bord d’un étang. Flash, comme à son habitude, est le premier et cette fois le seul à l’eau. Après une bonne pause, nous allons explorer la vieille ville de Khiva by night avant d’aller dormir dans un champ non loin de là.

Nous passons une bonne partie de la journée du lendemain à arpenter les rues de la vieille ville, mais il y a un peu trop de touristes et de magasins de souvenirs à notre goût. Après ces longs mois dans des endroits pas encore trop touristiques, le choc est violent ! Et ici bien sûr, les touristes ne discutent pas entre eux. L’ambiance du Kirghizistan et du Tadjikistan nous manque un peu, et nous donne presque l’impression que le voyage touche à sa fin alors qu’il nous reste encore deux mois devant nous !

C’est donc un peu perplexes que nous quittons cette ville pour aller manger dans un tout petit restaurant qui sert du poisson fraîchement sorti du bassin. Quel régal après toute la viande que nous avons ingurgitée ces derniers temps !

Le plan initial, avant de sortir du pays, était d’aller voir la mer d’Aral, ou plutôt ce qu’il en reste après que les Soviétiques l’aient asséchée en déviant tous les cours d’eau qui l’alimentaient afin d’irriguer des champs de coton.

Arrivés à Moynak, un ancien port qui se trouve désormais en plein désert, nous tombons sur des épaves. Vision surréaliste de bateaux désossés en plein désert, à l’ombre desquels se reposent quelques vaches…

Quelques kilomètres plus loin, nous nous rendons compte que nous n’avons plus une seule goutte d’essence dans le réservoir additionnel… Est-ce que nous nous sommes fait arnaqué à la station à Bukhara ? Quoi qu’il en soit, nous n’avons plus assez de carburant pour aller à la mer d’Aral et sortir du pays… Nous décidons donc, à regret, de faire demi-tour et de nous rendre directement à la frontière kazakhe. Avec un peu de chance, nous atteindrons la frontière avec le demi-plein qu’il nous reste, mais il n’est pas dit que nous trouvions facilement du diesel juste à l’entrée du Kazakhstan… C’est donc un peu stressés que nous parcourons les 200 km de route défoncée qui nous séparent de la frontière.

Une fois encore, pas de problème aux douanes, c’en serait presque décevant! Un rapide contrôle de la voiture, des tampons sur les passeports et nous voilà de retour au Kazakhstan.

Dans la petite ville à une trentaine de kilomètres après la frontière, nous cherchons une station-service qui vend du gasoil… en vain… mais à la station de gaz, le gérant nous montre quelques bidons. Le diesel sent un peu bizarre mais cela fera bien l’affaire jusqu’à la prochaine grande ville, où nous ferons le plein de carburant et de nourriture pour les prochains jours.

La route dans cette région n’est pas plus palpitante qu’en Ouzbékistan, nous roulons donc sans trop nous arrêter jusqu’à la frontière russe. Même la mer Caspienne ne présente pas grand intérêt. L’eau semble assez polluée (ce qui n’est pas très surprenant avec tous les champs de pétrole des environs) et ne donne pas envie de se baigner.

De retour en Russie où nous entrons assez rapidement et sans souci, nous retrouvons les paysages monotones de la taïga. Nous poursuivons donc notre route en direction de la Tchétchénie, puis de la Géorgie.
Une courte halte à Grozny et nous arrivons à la seule frontière ouverte entre la Russie et la Géorgie. Il n’y que deux postes de douane qui relient ces deux pays, il nous faudra donc attendre plus d’une heure dans cette fourmilière avant d’entrer en Géorgie.

Ici, les paysages changent radicalement, la plaine fait place à la montagne, que nous retrouvons avec bonheur. Nous quittons vite la région de l’Ossétie du Sud, réputée assez dangereuse et faisons cap au Sud. Les prochaines semaines promettent d’être riches en randonnées et dégustation de vin, la spécialité de la Géorgie !

_Laure

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